La nouvelle extrême-droite Tunisienne‎

Abir Moussi et le PDL représentent la métamorphose du mouvement nationaliste tunisien…


FETHI BELAID via Getty Images

Dans les pays majoritairement musulmans, l’aile droite de la politique, y compris l’extrême droite, est généralement réservée à l’élément religieux qui, dans le cas de la Tunisie, est monopolisé par Ennahdha, la branche historique des Frères musulmans en Tunisie qui a commencé dans les années 1970 comme un mouvement dissident connu sous le nom “al-Ittijah al-Islami”. Dans la droite encore plus extrême, on trouve les éléments Salafistes, menés notamment par Hizb al-Tahrir, sous la direction de Ridha Belhaj.

Pourtant, nous observons un phénomène assez particulier sur la scène politique tunisienne, à savoir que le milieu de l’extrême droite du pays cède peu à peu la place à un nouvel élément, pas particulièrement religieux, mais fortement nostalgique de l’ancien régime autoritaire de Ben Ali qui a été délogé par le soulèvement populaire en 2011 et qui a enclenché le mouvement du printemps arabe. Comme ses homologues occidentaux, ce nouveau mouvement d’extrême droite est ultra-nationaliste, populiste, nostalgique d’un passé autoritaire, hostile au parlementarisme et très critique envers la démocratie.

Le Parti Destourien Libre, dirigé par Abir Moussi, est connu pour son hostilité explicite à l’égard du mouvement islamiste; il prend actuellement de l’ampleur en grande partie grâce à sa rhétorique très agressive à l’égard des islamistes et d’Ennahdha, affirmant à plusieurs occasions être prêt et vouloir enrayer le mouvement sitôt qu’il sera porté au pouvoir. Mais la popularité croissante d’Abir Moussi est également due à sa critique de l’ordre politique post-2011 représenté par la Constitution de 2014, qui, selon elle, est paralysante et rend impossible une gouvernance efficace dans le pays.

La rhétorique d’Abir Moussi concernant la Révolution de 2011, qu’elle considère comme un complot étranger, résonne auprès de beaucoup de Tunisiens qui deviennent très sceptiques devant la Révolution du fait de la crise économique en Tunisie que les gouvernements consécutifs depuis les dernières élections législatives et présidentielles, ne parviennent pas à résoudre, ce qui a provoqué une inflation foudroyante et une dette publique croissante.

Normalement, tout observateur de la scène politique tunisienne et de l’histoire politique contemporaine du pays supposerait instinctivement que le PDL et Abir Moussi sont dans le camp des progressistes, notamment en raison de leur prétendue héritage Bourguibiste revendiqué, ainsi que de la forte hostilité d’Abir Moussi par rapport à Ennahdha.

Cependant, Abir Moussi semble beaucoup plus compliquée à cerner à tel point que la conception tunisienne de l’axe gauche-droite semble être complètement inefficace à expliquer.

Après que le président tunisien Beji Caïd Essebsi ait présenté un projet de loi visant à introduire l’égalité successorale, Abir Moussi a exprimé ses objections et son opposition farouche à l’égalité successorale, ainsi qu’à la proposition de décriminaliser l’homosexualité, ce qui la place au rang de ses ennemis jurés, Ennahdha.

Les principaux arguments d’Abir Moussi, contrairement à ceux de ses opposants, n’étaient pas de nature religieuse, mais les arguments centraux du PDL concernaient plutôt la “protection de la famille tunisienne”. Dans ce cas, l’axe droite-gauche, animé principalement par les prises de position sur les questions sociales, ne parvient pas à analyser ou expliquer le positionnement politique du Parti Destourien Libre et Abir Moussi.

La réponse pour comprendre le phénomène d’Abir Moussi n’est peut-être pas en Tunisie, car le paradigme politique traditionnel n’arrive pas à le catégoriser. Cependant, cela est dû à la notion politique Tunisienne, que la droite, en particulier la droite conservatrice, est fondamentalement religieuse.

Toutefois, cette considération pourrait être très fragile. L’extrême droite, même historiquement, n’a pas toujours été religieuse, surtout en dehors des pays à prédominance musulmane, bien que la religion joue généralement un rôle en tant qu’instrument de mobilisation populaire, mais les mouvements d’extrême droite sont historiquement très différents des mouvements intégristes religieux.

Si nous devions distinguer certains éléments clés de ce qui constitue les mouvements d’extrême droite, nous verrions que l’ultranationalisme, le conservatisme social, le populisme et l’hostilité à la démocratie sont ses éléments clés. L’extrême droite moderne, comme en Europe, ne lance peut-être pas d’appels autoritaires explicites, mais elle est généralement extrêmement critique à l’égard des démocraties libérales et du pluralisme non borné dans son ensemble, qu’Abir Moussi a critiqué en lui reprochant d’avoir légitimés des partis qui, selon elle, devraient être immédiatement dissous.

Abir Moussi est également un vétéran du RCD, le parti politique de Ben Ali et le principal constituant de la répressive république à parti unique d’avant 2011.

Compte tenu de toutes ces variables, il est tout à fait raisonnable de considérer que le PDL et Abir Moussi sont des figures de l’extrême droite, et que ce parti pourrait être le premier mouvement d’extrême droite non islamiste et non religieux en Tunisie et dans les pays Arabo-Musulmans. Bien que la déception générale face à l’impasse politique provoquée par l’ordre politique post-2011, empêchant toute réforme économique, nous amène à penser que la popularité croissante d’Abir Moussi soit une réaction, ou l’incarnation d’un souffle contre-révolutionnaire, ce serait tout à fait réfutatif quant à la gravité historique de ce phénomène.

Abir Moussi et le PDL, s’il est crucial d’admettre que la crise économique et politique augmentent leur popularité, représentent la métamorphose du mouvement nationaliste tunisien, et son positionnement final qui s’est produit à l’ère de la transition vers la démocratie.

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huffpostmaghreb

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